Il y a des jours comme ça..., Questions de société

La dictature de la montre

dictature de la montre

Je ne sais pas vous mais moi, ma montre, je ne peux plus l’encadrer. Accrochée au poignet, sous la forme d’un réveil, voire même déguisée en pointeuse, elle m’agace, elle m’horripile, elle m’exaspère. Elle trotte sans cesse, défile à toute vitesse, et me réveille chaque matin sans aucune délicatesse. De plus, elle passe ma vie, à me presser et à me dicter ce que je dois faire maintenant pour être à l’heure plus tard. Insupportable. Au fond, je sais bien que ce n’est pas vraiment de sa faute puisque c’est dans sa nature. Je ne veux pas être mauvaise langue, mais permettez-moi de douter qu’un jour, nous parviendrons à nous entendre… D’ici là, je me pose les questions suivantes: Doit-on réellement chercher à maîtriser le temps pour en avoir ? Pouvons-nous nous sentir libre, heureux d’être des Hommes, une montre au poignet ?

« Le temps passe par le trou de l’aiguille des heures. » Jules Renard

Le temps, une entité à rationaliser ?

Tic-tac, tic-tac. Et en plus, elle me nargue. Je l’entends, elle me surveille. Je ne sais pas laquelle de nous deux est la plus stressée. Faut dire, ma montre et moi, n’avons jamais été copines. A une époque, j’ai bien voulu faire quelques efforts mais, très vite, mon rythme naturel s’est rebellé, et trouver un tempo commun était devenu mission impossible. Et puis, j’ai grandi et le temps s’est mis à accélérer comme s’il avait un train à prendre. Mes journées d’adultes sont bien plus organisées, plus maîtrisées que celles de mon enfance ou de mon adolescence, et pourtant, le temps semble filer bien plus vite depuis. Je me rappelle qu’à l’époque, une année scolaire était vécue comme durée conséquente: chaque jour semblait une vie, parce que tout était important à mes yeux; un contrôle de math, un regard d’un garçon, un fou-rire avec une amie, … Tout valait le coup d’être rapporté dans les pages de mon journal intime. Puis, j’ai grandi, j’ai pu me déplacer seule, organiser mes propres sorties, gérer mon planning. J’ai cru que c’était ça, la liberté. Mais finalement mon temps, celui que j’aime prendre, celui que j’ai peur de perdre, je le passe à lui courir après.

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Ma montre, rigide comme elle est, reste la maîtresse de ce petit manège. Tel un petit chef à talonnettes derrière mon épaule, elle dicte ma journée sans aucun scrupule. Allez, c’est l’heure de se lever, dépêche toi tu vas être en retard au travail, et bah voilà je t’avais prévenue, c’est bon tu peux rentrer chez toi maintenant, vite c’est l’heure de manger, non tu n’as plus le temps pour ces bêtises, Allez hop, vas vite te coucher car demain, ce sera le même refrain… Très souvent, j’aimerais bien lui dire d’aller voir ailleurs si j’y suis pour vivre enfin à mon rythme à moi, celui de mon corps, de mon estomac, voire même de mes cernes. Mais, je n’ai à ce jour, pas encore eu le courage de lui faire face et de quitter la colocation. Alors d’ici là, nous faisons des compromis: Elle m’autorise des petites minutes de retard par-ci par là, et moi, je trouve quelques astuces pour tenter de profiter du temps, tout en le maîtrisant malgré moi…

Mes quelques « solutions »…

Rationaliser. Quelle drôle d’idée. Moi qui n’aime pas vraiment les chiffres, je dois pourtant avouer que Laura Vanderkam, lors de sa conférence TED m’a interpellée. D’après cette mère de famille, « le temps, nous l’avons ». Tout est une question de priorité. Par exemple, nous nous excusons peut être couramment d’un « Je n’ai pas le temps d’aller à la gym », mais si l’eau de notre machine à laver se vide sans scrupule sur le carrelage, nous trouverons évidemment une demie heure pour nettoyer. Laura Vanderkam nous conseille ainsi de chiffrer notre temps, ce qui permet d’objectiver d’une part, notre temps inéluctablement occupé, et d’autre part, notre temps libre. Ce calcul peut nous aider ainsi à ajuster ce qu’on doit faire à ce qu’on veut faire. Sachant qu’une semaine compte 168 heures, que le sommeil (à raison de 8 heures par nuit) nous en enlève 56, que le travail nous en sucre (au mieux) 35 de plus, et que les transports (à raison d’une heure par jour) nous en confisque encore 5, il nous reste environ 72 heures (sur 168) pour nous... (Enfin, « pour nous », on se comprend…) Mais qu’est ce qu’on va bien pouvoir faire de tout ce temps libre? S’ennuyer? 

Comment ça, ça vous déprime les copains & copines? Non mais je vous comprends, quand j’ai réalisé que je passais 24 heures, soit l’équivalent d’une journée entière par mois dans ma voiture pour des allers-retours palpitants de la maison au boulot, j’en ai eu un arrière goût amer…

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Méditer. Vivre chaque minute de vie pour ce qu’elle est, soit quelque chose de magique en soi, et savourer le goût du moment présent, semble être la meilleure manière de ne pas laisser le temps s’échapper. Méditer en pleine conscience, nous propose de vivre pleinement et consciemment notre corps dans le moment présent, sans se perdre dans le mental, le passé ni dans le futur. Il suffirait presque de s’octroyer seulement 10 mn (Oh sur les 72 heures, ce n’est pas grand chose… si?!), de s’installer confortablement, de fermer les yeux, et de nous concentrer sur ce qu’il se passe en nous: notre respiration, nos sensations corporelles, notre flot de pensées… Et puis, cet état de pleine conscience est transférable à tout moment de la journée. Prendre conscience de ce qu’on fait en ce moment même, sentir le déroulé de nos pas quand nous marchons, notre langue quand nous mangeons, notre cœur qui s’accélère quand nous courrons,… En théorie, c’est génial. En pratique aussi d’ailleurs. Mais dans la réalité du quotidien, je vous l’accorde les copains & copines, ce n’est pourtant pas toujours facile d’intégrer la pleine conscience dans chaque moment que nous vivons.. « Question d’entraînement », diront certains.

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Ecrire. Lorsque j’ai commencé à ressentir que le temps me filait entre les doigts, à m’étonner que le printemps était déjà arrivé tandis que Noël était la semaine dernière, à réaliser que je n’ai plus assez de doigts pour compter les années qui me séparent de mon bac, j’ai freiné en tirant de toutes mes forces sur les rênes du cheval du temps au galop. Oh là malheureux ! Calmons-nous et voyons ce que nous pouvons faire…  Je me suis rappelée que petite, je racontais quotidiennement mes journées sur les pages d’un journal intime. Et j’avais toujours quelque chose à en dire. Alors, je me suis dit qu’il serait intéressant de reprendre l’exercice aujourd’hui afin de mieux réaliser chaque jour vécu, le chemin parcouru. Ce que j’ai fait, et j’ai beaucoup aimé. Effectivement, écrire mes journées m’a permis de mettre des mots sur mes émotions du moment, encoder mes souvenirs, garder une trace, et m’inscrire dans l’époque actuelle. D’ailleurs, en vacances, je pouvais écrire facilement deux trois pages sur ce que je vivais chaque jour. Et ce n’était pas seulement une question de temps, mais mes journées étaient remplies de tellement de belles petites choses, que j’en notais des tartines: Un beau soleil me réchauffant la peau, une jolie rencontre, une douce balade en amoureux dans les bois, un pique-nique en famille au bord d’une rivière, une sieste au soleil, la visite d’un superbe village, … Mais mon quotidien, celui du travail et de la montre, j’ai eu vite peine à le retranscrire… Du moins, chaque jour. Je ne trouvais pas toujours le temps, et j’ai surtout tristement réalisé qu’il y avait des jours « où je n’avais rien de spécial à écrire »... Alors, permettez-moi de me poser la question suivante: Et si le vrai problème n’était pas là? Et si la montre n’était que la résultante d’un autre problème plus global ?

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Oui, mais…

Puisque notre temps semble nous échapper, nous lui courrons sans cesse après. Quand nous parvenons enfin à le rattraper, il n’est pas question pour nous de le gâcher, alors nous cherchons à le rationaliser encore plus. Nous l’organisons, il y a un temps pour tout m’a-t-on répété. Mais de fait, il nous échappe de plus belle. C’est le serpent qui se mord la queue ou l’œuf qui fait la poule, peu importe… En vacances, la montre avec son tempo standardisé est laissée au placard, tandis que nous vivons enfin notre propre rythme. Pas d’horaire imposé, pas de pointeuse, pas de réveil, pas de fatigue, pas de lutte, pas de souffrance. Vous me voyez venir les copains & copines? Et si la montre n’était qu’en fait, le sous-chef du travail ? N’est-ce pas réellement lui et lui seul qui dicte nos journées, et orchestre notre quotidien? N’est-ce pas finalement lui et lui seul qui détermine ce que nous pouvons faire et ce que nous devons faire dans une journée? N’est-ce pas à lui que nous faisons offrande, malgré nous, de nos journées de vie, et de notre temps le plus précieux, celui qui nous permet d’observer les saisons et voir grandir nos enfants? A quoi ressembleraient nos vies sans ce temps sacrifié au profit de la machine Travail? Si le bonheur à l’état brut est celui qui fait vibrer notre propre nature d’Homme, sommes-nous réellement heureux une montre au poignet ? Copains & copines, laissez-moi en douter… et méditer.

« Vivre la route. Ne jamais quitter la route. Toujours plus loin, toujours en exil. Ne plus vivre l’idée du temps, n’avoir aucune horloge, que des couchers de soleil à l’horizon qui ne cesse de reculer plus on avance. » Richard Bohringer. 

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[Vive le soleil dans les yeux, et le ciel tout bleu!]

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