Vi(e)s d'expériences

Le bonheur, c’est le chemin

 

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« Tout ce que vous avez à faire, c’est de décider de partir. Et le plus dur est fait. » Tony Wheeler, grand voyageur et fondateur des guides Lonely Planet, 1973.

 Et si c’était vrai? Tout quitter, voyager autour du monde, puis se laisser vivre au fil des rencontres est un rêve qui traverse bien des esprits. Notre copain Natou, lui, a osé. Et pas qu’une fois ! Cet homme de 27 ans, assoiffé de liberté, franchit les frontières depuis une dizaine d’années, avec pour seul objectif : celui de ne pas en avoir.  Je vous propose de le rencontrer ici autour d’une petite interview, sans grand détour.

Peux-tu te présenter en quelques mots…

« Comme à la rentrée des classes et tout ? Bien, Jonathan ou Natou. J’en suis à 27 révolutions autour du soleil. Je découvre le monde depuis une dizaine d’année effectivement, par intermittence du moins ! Je pense être plutôt quelqu’un de simple, sans prétention, ni mérite particulier. Et je ne sais pas .. me présenter en quelques mots ! »

D’où te vient ce goût bien particulier pour les voyages, quel est donc ton parcours ?

« Je pense que c’est avant tout de la curiosité. Et un peu d’anticonformisme, si je dois être objectif. J’ai eu assez vite envie de voir ce qu’il y avait derrière l’horizon et d’explorer d’autres chemins que ceux conseillés. Cette envie a donc commencé assez jeune. Mon père nous emmenait sur son voilier chaque été, toujours un peu plus loin. Puis une première colonie au Vietnam à 16 ans, un premier voyage seul en Espagne la même année. Mon père travaillant à Air France, j’ai pu bénéficier de billets d’avion à prix réduits jusqu’à 26 ans. A tout ça combiné, se rajoute cette fameuse addiction à la liberté qui grandit d’année en année, et tu comprendras que les 11 années suivantes ont été faites de voyages. Finalement en l’écrivant maintenant, tout ça me parait assez logique ! »

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« Je ne recherche rien de particulier, ou plutôt si, à être heureux! »

Pourquoi pars-tu seul ?

« Fameuse question ! Déjà parce que j’aime bien voyager avec moi (aha). Et puis, quand on part seul, on ne l’est jamais vraiment ! Bien au contraire. On rencontre bien plus de personnes sur place. Les gens viennent plus te parler, et on s’ouvre d’avantage. Et puis, c’est synonyme de liberté encore une fois ! Je suis flexible. Je fais ce que je veux, avec qui je veux, quand je veux, où je veux et comme je veux. Mais il y a aussi des inconvénients… Tu ne partages pas ce que tu vis avec un proche, mais souvent avec quelqu’un que tu ne connais que depuis peu. Au retour en France, tu te retrouve toi, tes souvenirs et pas grand monde pour comprendre ce que tu as réellement vécu. C’est le côté négatif du truc. Finalement, j’aime bien allier les deux : je dirais que je voyage à 80% seul ou avec des locaux ou voyageurs rencontrés sur place, et 20% avec des amis au départ. »

Qu’est ce que tu recherches lorsque tu voyage ? 

« Le dépaysement, la surprise, la liberté, l’enrichissement personnel, l’introspection, la découverte de l’autre, la fuite d’une routine, l’envie d’étayer une culture général, la connexion avec la nature, le besoin d’apprendre, .. seraient des réponses classiques. La vraie réponse, c’est que je ne recherche rien de particulier, ou plutôt si, à être heureux ? Ça va si je dis ça ? (aha). Et « le sédentaire », que recherche t-il lorsqu’il fait sa journée de 8h de travail ? »

Fais-tu une différence entre le terme « voyage » et « vacances » ? 

« Clairement ! Le terme « vacances » est bien péjoratif ! C’est trop assimiler un enrichissement à du repos, je trouve. J’irais même plus loin, le terme « voyage » aussi finalement .. C’est très réducteur. C’est tellement plus que ça. Oui tu fais un voyage de 2, 3 semaines au Pérou .. mais 6 mois à traverser l’Himalaya, c’est plus qu’un simple voyage, c’est vivre ailleurs. Si tu me demandes comment étaient « mes vacances » en Amérique du Sud ses cinq derniers mois .. je vais rire jaune j’te le cache pas ! »

Donc, si j’ai bien compris, tu entends par le mot « vacances » l’idée de se décharger des encombres de la vie quotidienne dans une dynamique plutôt passive alors que pour toi, lorsque tu voyages, tu t’enrichis, donc dans une dynamique active ?

« Exactement ! »

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« C’est plus qu’un simple voyage, c’est vivre ailleurs! »

Comment t’y prépares tu ? Dans quel état d’esprit tu es lorsque tu pars en voyage ? 

« Je m’y prépare pas, justement. C’est là tout mon objectif: ne pas avoir d’objectif précis pour mieux me laisser aller à l’improvisation, à l’instantané. Au moment du départ, je ne me sens pas stressé, je suis plutôt heureux et excité de partir à l’inconnu tout en étant livré à moi-même. Je radote, mais j’adore ce sentiment de liberté… »

Tu aimes l’improvisation si bien que, lors de ton dernier voyage, la durée et les destinations de tes voyages n’étaient pas déterminés à l’avance, pourquoi ?

« Il y a vraiment douze mille façons de voyager. Pour ma part, improviser le plus possible est la meilleure et la plus vraie. L’idée de voyager sans objectif déterminé à l’avance, permet de ne pas nuire à la découverte et au plaisir spontanés. Tout planifier, savoir exactement où j’irai à l’avance, ne  laisserait pas de place à la surprise. Partir sans date de retour change énormément la façon de vivre son voyage. Se laisser vivre, rester libre, faire confiance à l’imprévu, toute rencontre et toute proposition sur place est bonne à prendre. »

Lors de ton dernier voyage, tu as su tout quitter: amis, famille, confort de vie, et surtout CDI même si, beaucoup ont tenté de t’en dissuader… Au nom de quoi ? 

« Je ne suis pas sûr qu’il faille poser cette question comme cela. Je n’aime pas ce côté « théâtralisé ». Et puis, je n’ai pas tout quitté, en fait j’ai même rien quitté du tout. Y’en a qui quittent tout, mais moi non. Ma famille, et mes amis, je les retrouve en rentrant. J’ai démissionné c’est vrai, mais je ne prends pas cela comme quelque chose d’important, à souligner… »

Mais dans l’esprit de beaucoup, un CDI représente la sécurité financière, ainsi démissionner c’est prendre un gros risque ?

« Je ne pense pas. Le confort et la sécurité amènent-ils forcément au bonheur ? La vie n’est elle pas faite pour prendre des risques ? Quelles sont vraiment les risques ? Faut prendre de la hauteur. Une longue vie humaine se monte à 650 000 heures en tout et pour tout. Ça fait short quand on y réfléchit. Mais on pense tous avoir le temps. Alors on procrastine, jusqu’à être bloqué par nos impératifs parentales ou professionnels ou être trop vieux « pour ces choses là ». Une chose est sûre : on regrettera tous, dans les ultimes heures de nos vies, de n’avoir pas pris plus de risque dans nos vies respectives. Autant anticiper. Et comme dirait l’autre : Vaut-il mieux avoir derrière soi une vie passionnante, ou devant soi une vie banale ? » 

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« La vie n’est elle pas faite pour prendre des risques ? »

Quelle est ta plus belle et ta pire rencontre ? Quel est le pays qui t’a le plus surpris ?

« La plus belle rencontre… la biodiversité et l’humain. La pire… l’administration et… l’humain.
Le pays qui m’a le plus surpris ? L’Iran surement ! Très loin de tout ce qu’on peut imaginer ! »

Est ce que la France te manque parfois? Qu’est ce qu’il y a en France que tu ne trouves jamais ailleurs ? 

« Pour être honnête pas grand chose ! Ah, si, les saisons ! On ne se rend pas forcément compte de la chance que l’on a en France d’avoir 4 saisons bien distinctes les unes des autres. De la neige en hiver, de la chaleur en été, des automnes, des printemps … un bonheur ! Les subtilités de sa langue maternelle aussi. Je ne suis pas assez polyglotte pour n’éprouver aucun manque. Autre chose, l’ouverture d’esprit musicale. Crois moi qu’après 4 mois de techno russe à fond dans les transports d’Asie Centrale .. même MAÎTRE GIM’S te manque ! »

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« On vit dans un pays magnifique quand même, on l’oublie trop ! »

Est ce que la France est ton « chez toi » malgré tout, ou te considères-tu sans attache ni amarre ? 

« Sans attache ni amarre ouais ! Même si j’aime la France ! On vit dans un pays magnifique quand même, on l’oublie trop ! »

Que retiendras-tu le plus de tes périples ? Est ce que tu pourrais mettre des mots sur ton enrichissement personnel ? Quel bagage spirituel porteras-tu désormais en toi ? 

« Je crois que c’est plutôt implicite, inconscient. C’est un enrichissement personnel mais je ne le perçois pas. La connaissance pure et la culture générale sont facilement quantifiables mais l’enrichissement personnel, je pourrais pas mettre des mots dessus, c’est plutôt ce qu’il fait ce que je suis maintenant… Peut être une certaine ouverture d’esprit, de la tolérance.. Encore que. »

Alors peut être un enseignement ?

« Bah .. on est conditionné. Réussite = carriérisme ; Bonheur = conformisme. Voyager, aide je trouve, à s’émanciper un peu de cette bien-pensance, à relativiser, à prendre un peu de hauteur sur notre vie, histoire de voir de haut, cette bulle dans laquelle on a l’habitude de s’épanouir comme on peut. Et quel bien de fou d’enlever ses œillères, ne serait-ce qu’a moitié ! »

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« Voyage pour toi, et pas pour les autres. Range ta perche à selfie et regarde avec tes yeux. »

Est ce que tu ressens le besoin d’écrire quand tu voyages ? Mettre des mots sur ce que tu ressens ?

« Pas vraiment, j’aime bien l’idée que cela reste figé dans l’instant T, pas que ce soit écrit, rangé quelque part. J’aime bien vivre le moment présent, et la magie se perdrait un peu si je l’écrivais sur une page. J’aime bien me dire que je vis quelque chose, puis que ça s’efface sans que ce soit grave car je sais que c’est bénéfique pour moi, à long terme et cela me suffit. Pour le côté « thérapeutique » de l’écriture, elle se fait dans ma tête. » 

Comment vois-tu l’avenir ? 

« Bah tiens, bonne colle ! Tout ce que je peux te dire, c’est que je ne me vois pas voyager à temps pleins toute ma vie. Mais je la vois heureuse ! Les rencontres t’apprennent aussi à savoir te contenter de moins, à désirer modeste. J’espère réussir à appliquer ce précepte, de plus en plus. »

Si tu avais UN conseil à donner à quelqu’un qui souhaiterait découvrir le monde ?

« Oh j’suis personne pour donner des conseils, chacun fait comme il le sent. Peut être : voyagez pour vous, et pas pour les autres. Range ta perche à selfie et regarde avec tes yeux. Et un peu de pragmatisme ! Il y a 197 pays dans le monde. Ne vous limitez pas au 15 classiques où tout le monde court ! » 

Pour finir, quelle est ta devise ?

« J’aime bien celle ci : 

« Il n’y point de chemin pour le bonheur. Le bonheur, c’est le chemin.« 

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 [Merci Natou !]

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