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Captain Fantastic

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Moi, vous savez les copains, je suis de la vieille école: Pour que j’apprécie un film, il doit donner l’impression de m’apporter quelque chose ; Soit me faire rire, soit me faire réfléchir. Et bien, devant Captain Fanstastic de Matt Ross, croyez-moi, j’en ai eu pour mon argent mon temps.  D’ailleurs, je l’ai trouvé si intéressant que j’aimerais en discuter ici avec vous.

L’histoire

Ben et Leslie ont choisi de vivre loin de cette société capitaliste d’opulence et de consumérisme. Ils vivent depuis 10 ans, isolés dans la forêt où ils élèvent leurs 6 enfants au plus proche de la nature. Leur éducation littéralement extra-ordinaire, n’a rien à envier au système éducatif sociétal, bien au contraire. Soucieux de vérité, de simplicité, d’extrême rigueur, et de fraternité, les enfants apprennent à chasser, à survivre dans les bois, à surpasser leurs limites physiques, à réfléchir par eux-mêmes, voire à se passionner pour la philosophie et la musique. Sauf qu’au décès de leur maman, ils sont confrontés au reste du monde, aussi insensé soit-il, dans lequel ils ne se reconnaissent pas. Leur inadaptation est un choc qui remet peut être en cause les décisions parentales…

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Mon avis de non-cinéphile-pour-un-sou

Et bien moi, j’ai adoré. D’accord, je pourrais chercher la petite bête; mais visuellement, c’est un régal, le paysage sauvage est magnifique. Il n’y a pas de « méchants », seulement des personnes qui restent persuadés que leurs choix sont les meilleurs, parmi lesquels chacun de nous peut se reconnaître. Il y a matière à réfléchir, tant sur cette éducation si juste, sensée, voire peut être extrême, que sur les répercussions de la marginalité. Le bonheur se trouve t-il donc dans les valeurs les plus nobles au risque d’être isolé, ou dans le sentiment d’appartenance à une société aussi insensée soit-elle ? Existerait-il un juste milieu ? Et si finalement, le seul tord de cette famille à l’éducation si spéciale était d’avoir eu « trop » raison dans un monde qui n’en a plus.. ?

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La critique d’une experte en cinéma (&copine de surcroît)

 » Brièvement

8 fois sélectionné aux Festivals (Sundance, Deauville), Captain Fantastic a remporté 3 prix dont celui de la Mise en Scène dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes en 2016.

Après 28 HotelRooms, Matt Ross, acteur (TwelveMonkeys, The Aviatior, American Horror Story,…), scénariste et réalisateur, livre son 2ème long métrage.

Matt Ross, père de famille, est aussi un américain concerné, un cinéaste militant pour l’écologie, pour la protection sociale et l’éducation. Avec sa famille et son soutien à Bernie Sanders, il lutte contre le libéralisme dévastateur et une diminution des inégalités. Caché derrière la « Fable Ecolo » (comme il est qualifié dans les médias), CaptainFantastic s’intéresse à l’utopie anti-capitaliste et cherche à confronter le fantasme louable alter-mondialiste d’un père face à ses responsabilités, et aux habitudes de la société.

Challenge d’un road trip écolo

Ben (Viggo Mortensen) et Leslie vivent avec leurs six enfants dans les forêts du Nord-Ouest des Etats-Unis. Ensemble, ils ont fui la société de consommation, la culture superficielle et la médiocrité intellectuelle (où on évite le mot « intéressant » qui sonne creux), pour offrir à leurs enfants une autre expérience de la vie, une éducation alternative.

Les parents font l’école (avec programmes et interros). Le temps est toujours libre. Il est consacré à l’enrichissement de soi, notamment par le sport (on escalade des rocheuses et on court tous les matins dans les montagnes), la lecture et la musique (autour d’un feu de camp allumé par les enfants). Les enfants confectionnent leurs habits, chassent et sèment des graines, et pour le « Noam Chomsky Day » (car on célèbre un humaniste, linguiste et philosophe, plutôt que Noël, une fête religieuse en laquelle on ne croit pas) reçoivent arbalètes et couteaux.

Mais lorsque Leslie (bouddhiste) décède, la famille s’élève contre les grands parents qui souhaitent un enterrement, plutôt que la crémation qu’elle aurait souhaité. C’est à bord de Steve, le fidèle bus familial, que Ben et ses enfants prennent la route dans le but de corriger l’erreur.

Ce road trip, bien mené, s’effectue par des étapes qui font grandir les personnages. Les arrêts(pour manger, dormir,…) de Steve sur le chemin de la confrontation avec la famille et la société, sont synonymes d’interrogation. Les plus petits découvrent des notions « d’adulte », le plus grand (pris dans les meilleures universités) réfléchit à son avenir, la moyenne suit le programme supérieur avec curiosité et l’adolescent se rebelle. Chacun gère son deuil et remet en question sa propre évolution et sa place dans cette famille.

Certes un peu facile, mais…

On se place du côté des incompris pleins de bonnes intentions. C’est surtout par leur propre famille, qui vit « normalement », qu’ils sont, jugés, ridiculisés et menacés. Les rebondissements sont malheureusement peu surprenants (bien que dosés avec qualité) mais laissent place à des séquences dans lesquels les répliques sont joliment et (parfois) subtilement envoyées. Les échanges entre les personnages sont mémorables et écrits avec soin.

Facile certes dans la construction de la confrontation famille/société (un peu déjà vu), mais possible source d’inspiration pour les volontaires d’une vie alternative. Dans cette « simple » fiction, les rapports à l’éducation et à l’adaptation sont réalistes et consciencieusement abordés. L’angoisse d’être marginal, de mener une vie «contraire», est apaisée grâce une bande d’acteurs convaincants, et une belle équipe d’enfants reconnaissants. Sans voyage pas de remise en question. Et sans remise en question, pas d’évolution ! On se sent bien. Moins solitaire. Avec Steve, on prend sa place dans la famille, et on embarque pour un road trip plutôt gentil, mais sensible et drôle. C’est un film nécessaire au spectateur et nécessaire aux personnages.

Il nous rappelle Into The Wild de Sean Penn, et ce besoin de se confronter aux envies « d’autres choses ». La Nature. Un retour aux choses simples et importantes face à une société traditionnelle occidentale du XXIème siècle. Les rythmes acoustiques de Captain Fantastic font écho aux forêts et aux montagnes dans lesquels on se sentait revivre, en harmonie avec Alexander Supertramp dans le film de Sean Penn. Sont mêlés sentiment de vivre une expérience unique, et sentiment de ne pas être armé pour tout affronter.

Comme Ben, le spectateur s’interroge sur l’éducation qu’il souhaite offrir à ses enfants, se confronte au reste de la famille qui, avec insistance, voit les choses autrement… On mesure ses propres limites, on assume ses choix, mais surtout on s’adapte, on est capable de façonner ses convictions pour rester dans la course. Comment devons-nous élever nos enfants ? Il n’y a pas de bonnes réponses. Vos batailles sont les vôtres, et ils auront les leurs. Mais leurs voix auront toujours un poids. Dans Captain Fantastic, la libre expression des enfants est fondamentale (le Noam Chomsky Day n’est pas un hasard), indispensable à leur développement et à celui de leurs parents.

Les problématiques familiales se calquent parfaitement à l’évolution des mentalités occidentales concernant l’écologie. Crier ne servira à rien. L’essentiel réside notamment dans l’écoute et la compréhension des générations pour parvenir à concilier ses habitudes et celles des autres pour une évolution plus sereine.

Facile certes car il nourrit l’espoir sans trop prendre de risques par sa structure accompagnée de quelques situations prévisibles. Mais Captain Fantastic est aussi nécessaire pour son beau tableau d’une famille unique et unie dans un environnement sain, dont la fraternité est à toute épreuve, dans laquelle on argumente en faveur d’une élévation de la pensée, et le tout sans oublier de s’amuser ! » M.G

CAPTAIN FANTASTIC

Et vous, les copains et les copines, qu’en avez-vous pensé ?

 

 

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1 thought on “Captain Fantastic”

  1. Je suis allée voir ce film en famille (avec mon mari et mes deux filles) et tout le monde en a été ému ! Film intelligent, qui pose de vraies questions et ne propose pas de réponse manichéenne, drôle et grave à la fois… j’ai aimé ce film, et la longue discussion que nous avons eue le lendemain avec mes enfants grâce à lui : sur le monde capitaliste, sur ce que les parents peuvent transmettre à leurs enfants, sur le sens critique. Film essentiel ! Merci Pauline, c’est en lisant ton article que j’ai décidé d’aller voir ce film.

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