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Manger bio, c’est bobo ?

bio c'est bobo

Il y a des midis comme ça. Comme celui durant lequel, entre deux bouchées de polenta, j’ai posé la question suivante à mes collègues : « Seriez-vous prêts à payer 1€ de plus votre déjeuner au self pour manger bio ? » Sur cinq personnes interrogées, 3 d’entre elles m’ont répondue oui, 1 autre ne sait pas, et un dernier pense que non. Alors je me suis dit qu’un article sur ce sujet pourrait nous mettre d’accord sur ce qu’on entend par « bio », comprendre pourquoi c’est plus cher, et peut être répondre au cliché « manger bio c’est pour les bobos ».

Le bio, c’est quoi ?

« Biologie » signifie « Science de la Vie ». Et voici la définition de l’agriculture biologique selon le Conseil de l’Union Européenne en 2007 : « La production biologique est un système global de gestion agricole et de production alimentaire qui allie les meilleures pratiques environnementales, un haut degré de biodiversité, la préservation des ressources naturelles, l’application de normes élevées en matière de bien-être animal et une méthode de production respectant la préférence de certains consommateurs à l’égard des produits obtenus grâce à des substances et des procédés naturels. » En d’autres termes, l’appellation « biologique » est protégée légalement et implique une certification. Pour obtenir un label de ce type, les agriculteurs et éleveurs biologiques doivent respecter un cahier des charges stricte qui exclut notamment les pesticides, les herbicides, et les fertilisants de synthèse, les semences issue d’OGM, les antibiotiques, les hormones de croissance, les farines animales, la surpopulation animale dans les élevages, les colorants, additifs, et arômes de synthèse, les agents de conservation de synthèse et l’irradiation pour la conservation.

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Quels sont les impacts de l’agriculture conventionnelle ?

L’agriculture conventionnelle est une agriculture intensive, soit un système de production fondé sur l’optimisation de la production par rapport à une surface cultivée. Elle utilise une mécanisation poussée d’une part, et tout un tas de trucs chimiques d’autre part: des engrais chimiques, des insecticides chimiques, des herbicides chimiques, bref, ça craint. Son seul avantage, c’est sa rentabilité presque garantie. Mais à quel prix ? Celui de la planète, des petits animaux, et de notre santé… sans grande surprise ! (Gna –‘)

D’ailleurs les copains, savez-vous que les exploitants agricoles français sont sur le podium des plus gros utilisateurs de pesticides au monde ? Ils sont même les premiers en Europe ! (La médaille ! La médaille !) Et même que, d’après une étude de 2007 de l’INVS, nous autres, français, avons plus de pesticides dans le sang que nos voisins allemands ou nos copains américains.

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Côté planète

En France, 53% du territoire est consacré à l’agriculture. Les impacts environnementaux sont donc importants, variés et bien au delà de nos frontières. En vrac, je pourrais vous citer : la pollution des nappes phréatiques, de l’air, des sols, la diminution voire la disparition des pollinisateurs et de la biodiversité générale, l’augmentation des phénomènes de résistance envers les insecticides, les fongicides et herbicides, la détérioration des écosystèmes, l’érosions des sols, un coût énergétique et en eau énorme (En France 68% de l’eau consommée est utilisée pour l’agriculture), la mortalité de la faune sauvage, etc.

Et côté santé ?

L’association Santé Environnement France est claire là dessus. Les effets des insecticides ne se limitent pas aux destinataires initiaux. Et leur toxicité sur la santé des Hommes n’est plus à prouver. De nombreuses études (sourcées plus bas) mettent en lien l’exposition aux pesticides et l’apparition de maladies « de civilisation moderne » telles que la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer, les cancers, des troubles de la reproduction (perturbateurs endocriniens, problème de stérilité, malformations génitales… ), des troubles neurologiques (altération des fonctions et du développement du système nerveux, réduction des capacités cognitives, troubles psychomoteurs, anxiété, …) etc.

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Le bio, c’est plus cher !

Aujourd’hui, un ménage français moyen ne dépense pas plus de 15% de leur budget total en matière d’alimentation contre 30%, soit le double, en 1960. De nos jours, la part du budget consacrée à se nourrir est rognée à profit des loisirs (qui représentent 8,1% du budget moyen), du logement et des transports (qui représentent ensemble 37% du budget moyen). BAM, 1ère info!

Ensuite, à première vue, il semblerait que le bio coûte en moyenne 30% plus cher que des produits issus de l’agriculture conventionnelle, de tickets de caisse à tickets de caisse. Mais côté nutrition, au delà des impacts nocifs sur la santé vus précédemment, et selon l’étude Abarac réalisée en 2000 par des chercheurs de l’Inserm, les produits bio présentent une qualité nutritionnelle supérieure de 30 % à celle des produits de l’agriculture conventionnelle. Alors l’un dans l’autre…


Mais ce qui est important de comprendre ici est avant tout pourquoi le bio est plus cher alors que les coûts en matières de produits chimiques sont moindres ? Comment cela s’explique t-il ? Et bien pour plusieurs raisons:

  • Parce que ce mode de production demande plus de temps (le désherbage est mécanique, le compostage, le soin aux animaux, les procédés de fabrication peu industriels, la fabrication artisanale …)
  • Parce que ce mode de production demande plus de main d’oeuvre et d’espace (la rotation des cultures, le bien être animal, le respect des jachères…)
  • Parce qu’il y a une prise de risque importante de fragilisation et de carences dues à la non utilisation de pesticides donc parfois les rendements sont moins élevés.
  • Parce que le coût des contrôles et des certifications sont assumées par chaque opérateur de la filière (du producteur au distributeur)
  • Parce que les exploitations biologiques sont encore (trop) rares dans le paysage agricole français et que les collectes et les livraisons sont plus espacées, donc plus chères.
  • Parce que ce mode de production est beaucoup moins soutenu financièrement par les services publiques que l’agriculture conventionnelle.

Enfin, acheter bio n’est pas seulement soutenir les agriculteurs d’une production respectueuse et respectable mais c’est aussi l’occasion de manger différemment: (Re)découvrir les protéines végétales pour moins consommer des protéines animales, se régaler avec des matières premières de bonne qualité, acheter moins pour acheter mieux, retrouver les plaisirs de cuisiner, savourer des produits simples, découvrir les producteurs locaux, revoir notre consommation de légumes et fruits de saison, et réduire nos emballages...Et là, comme cela, promis, le bio n’est pas si cher.

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A quels labels se fier ?

D’après le magazine 60 millions de consommateurs (mars 2016), les labels AB et Bio européen sont dignes de confiance. Ils tiennent leurs promesses sur les moyens de production et sont donc garantis sans pesticide ni OGM. L’institut National de la Recherche Agronomique démontre en 2014 « des différences marquantes avec des aliments cultivés en conventionnel: plus de polyphénols (= molécules organiques d’origine végétale aux vertus antioxydantes) et moins de métaux lourds ». En revanche, depuis 2009, le label AB bio s’est aligné sur le cahier des charge européen qui est moins exigeant que le cahier des charges français. Par ailleurs, le label Bio Cohérence est le plus stricte et donc le top du top. Dommage qu’il ne soit pas disponible partout.

Ma conclusion à moi…

Pour conclure, je finirai par citer le célèbre mouvement Colibris que j’aime tout particulièrement: « Manger bio, c’est quitter le monde de la production agricole conventionnelle et adopter une autre façon de se nourrir, plus en conscience. C’est choisir de préserver, par un acte quotidien nécessaire, les ressources de la planète tout autant que la santé de la terre et celle des humains. »

Donc manger bio c’est peut être bobo mais c’est avant tout, consommer autrement tout en soutenant un système d’agriculture durable respectueux de notre santé et de la Terre. Au final, manger bio, c’est voter.

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Pour aller plus loin:

Voici un lien (ici) vers le site de l’Association Santé Environnement France qui traite des impacts sanitaires des pesticides, et voici le lien d’une pétition contre les mesures drastiques concernant les aides financières pour l’agriculture bio en Ile de France : par là.

[Vive la planète et les petites bêtes !]

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4 thoughts on “Manger bio, c’est bobo ?”

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